| Le cancer |
| Tout le monde, quel qu'il soit, quels que soient la région où il habite, ses origines et son âge, peut à tout moment et dans toute partie du corps, avoir un cancer. A 6 ans, il peut être frappé par une tumeur au cerveau. A 8 ans, 14 ans, c'est un cancer des os qui peut le ronger. A 20 ans, 30 ans, il peut souffrir d'une leucémie, ou pour une femme d'un cancer du sein. Nul ne peut imaginer ce que supporte un malade. La douleur d'abord, une douleur physique bien sûr, et morale qui commence le jour où le médecin prononce ou sous-entend pour la première fois le mot " cancer ". Puis la fatigue, qui peut devenir de l'épuisement et rendre quelqu'un incapable de sortir d'un lit pour aller aux toilettes. Les effets secondaires de la chimiothérapie : le manque d'appétit, les vomissements, et la chute des cheveux. La radiothérapie qui brûle les tissus, la chirurgie qui pratique l'ablation d'un sein, voire des deux, d'un ovaire ou d'un poumon. La destruction des défenses immunitaires qui expose une personne à maintes maladies. La condition physique très variable, faite de hauts et de bas, de moments où la guérison semble proche et d'autres où plus rien ne va. Les métastases qui se manifestent dans différents endroits et généralisent le cancer.
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| Le journal de Suzie Avon Comment exprimer par écrit ce que je ressens un 20 octobre, lorsque l'on vient m'annoncer que j'ai la maladie du siècle : un cancer ? Et surtout un cancer du sein. Cela a toujours été ma hantise. Les seins sont pour une femme, ce qu'elle a de plus précieux. Elle a nourri ses enfants avec les sensations que l'on peut éprouver dans ces moments-là et dont toutes les mamans doivent se souvenir. J'ai l'impression que l'on veut m'ôter tous ces moments-là et je souffre au plus profond de moi-même. Le 24 novembre, je subis une opération pour enlever les ganglions lymphatiques. Et là, j'ai le droit quand même à un peu de joie : il n'y a pas de métastases. Mais la joie est de courte durée car le traitement doit commencer par la chimiothérapie et non par la radiothérapie comme prévu. Le plus dur, c'est de toujours garder le sourire et la foi. Il faut " encaisser " chaque jour en se demandant : et demain matin, qu'y aura-t-il de nouveau ? Tous les examens sont faits. Il n'y a rien d'anormal. La visite de mise en place du protocole est donc prise. Le médecin est gentil. En pensant me réconforter, il se doit de me dire que sa mère " l'a eu " et que sa compagne a été soignée pendant cinq ans. Pour ma part, je n'ai pas trouvé cela très réconfortant, enfin... Le début du stress, c'est la pose sous la peau, le 5 janvier, du cathéter, cet objet qui permet d'infiltrer le produit miracle. Produit miracle avec lequel, on va se retrouver sans cheveux et sans poils ! L'aventure commence à 9 h 45 le jeudi 13 (heureusement que ce n'est pas un vendredi !). Le chauffeur de taxi passe me prendre à 9 h 15. C'est un jeune homme d'environ trente-cinq ans, très sympathique qui, pendant le trajet, me parle de sa vie, de ses enfants. A l'arrivée, il se propose de m'accompagner jusqu'au lieu sacré, en me disant que ce serait mieux pour la première fois. Avec le recul, je dois dire qu'il avait parfaitement raison. Le passage de la première porte n'est pas facile. Puis apparaissent un long couloir, deux portes battantes, et là ce que je découvre est un vrai coup de massue : deux salles avec quelques paravents qui ne cachent presque rien, et des hommes, des femmes, allongés sur des fauteuils " de dentistes " avec chacun leur perfusion " en hauteur ", soit à droite, soit à gauche. La première émotion passée, je dois attendre sur une chaise qu'un fauteuil se libère. Et lorsque enfin c'est à moi, une charmante blondinette vient me rassurer. Elle m'explique ce qui va se passer et combien de temps cela va durer. A ce moment précis, je suis très contente d'être venue seule, et d'assumer seule ce premier pas dans la chimiothérapie. La perfusion dure environ 1 h 30 et cela ne me laisse aucun mauvais souvenir. Avant le départ, le médecin revient me voir pour confirmer les effets secondaires. A partir de 18 h, je commence à avoir de violents maux de tête, à la nuque et dans le dos. La position allongée est de rigueur. La prise de cachets " anti-nausées " accompagnée de coca-cola n'est pas de trop. Pendant trois jours, c'est la découverte. Le traitement enlève le goût et l'appétit et l'on se demande combien de jours cela va durer. La deuxième visite chez le cancérologue est plus détendue. On vérifie, on palpe les seins à la recherche d'éventuels ganglions. Puis on discute sur les effets secondaires que j'ai ressentis. On prévoit des bains de bouche pour les aphtes, des comprimés pour les nausées. Je parle de mes douleurs musculaires, de mes vertèbres cervicales qui me font énormément souffrir et là, le médecin me recommande des massages corporels aux huiles, pour faire évacuer le stress. Nous sommes le 30 janvier. Il y a dix-sept jours que j'ai eu ma première injection. Ce matin, j'ai mal au dos, à la tête, et enfin surprise, en passant le peigne dans les cheveux, je découvre que l'épreuve suivante est en cours. Et comme une surprise n'est jamais seule, les poils aussi se sont éparpillés sur la cuvette des W.-C., mais là, ce n'est pas à la vue, donc je n'ai pas besoin de " perruque ". La deuxième chimio a lieu le 3 février, mais l'angoisse est moindre. Tout se passe comme la première fois. De retour à la maison, je n'ai pas d'appétit et la position allongée redevient indispensable. Puis, le samedi matin, en me levant, je trouve des cheveux partout, dans le lit, sur le pyjama, et je comprends que le temps est venu de la prochaine épreuve. Je vais chez la coiffeuse pour faire couper ces cheveux qui sont appelés à tomber, mais même après avoir pris une grande respiration, le premier coup de tondeuse déclenche des larmes. En quittant le salon, pour faire un brin d'humour, je me retourne et je demande : " Quand puis-je revenir pour un coup de peigne ? " La semaine suivante se passe calmement, jusqu'à cette nuit où je n'arrive pas à m'endormir et où je pense à mon père qui est mort d'un cancer du poumon, il y a un peu plus de deux ans maintenant. Je sais qu'il a beaucoup fumé et que, comme diraient certains, ce n'est qu'un juste retour des choses, mais tous ceux qui ont un cancer ne l'ont pas forcément cherché. Je me sens parfaitement à l'aise avec ma perruque, mais je lave mon cuir chevelu souvent car j'ai l'impression que ma transpiration sent " la maladie ". Me voici le 24 février, jour de la troisième séance de chimio. Le lever est un peu difficile et l'angoisse m'étreint de nouveau en pensant aux quelques jours qui vont suivre et aux effets secondaires. Arrive le 17 mars, date de la dernière chimio, mais pas la moindre. Les effets secondaires durent dix jours : nausées, brûlures d'estomac, aphtes, manque d'appétit, somnolence dans la journée et insomnies la nuit. Je pense que je n'ai rien oublié (si, des frissons nocturnes). Heureusement que je suis une battante. Cela me permet de me rendre compte qu'il faut profiter de chaque instant de cette satanée vie, tout en restant dans le respect des choses. Car lorsque vous êtes dans cette salle de perfusion avec d'autres malades, lorsque vous voyez ce qui peut faire basculer toute une vie en quelques heures, quelques jours ou quelques mois, cela vous apprend à relativiser, et vous avez envie de prendre votre voiture et de partir droit devant vous jusqu' à rassasier votre vue de tous les paysages, votre ouïe du cri des enfants et de celui des oiseaux, enfin de tout ce qui s'appelle la vie. |